Le 19 novembre, droits devant participait à la conférence d’Unia consacrée à leur étude sur la discrimination liée à l’âge en Belgique. Un travail essentiel qui nous rappelle que si l’âgisme peut nous toucher à tous les moments de la vie, nous ne sommes pas tous « jeunes » ou « vieux » au même âge.
Un phénomène qui concerne tous les âges, mais pas de la même manière
Les chiffres présentés par Unia le montrent clairement :
- 1 personne sur 2 parmi les personnes les plus jeunes (moins de 30 ans) et les plus âgées (plus de 60 ans) déclare avoir vécu une discrimination liée à l’âge.
- En moyenne, 1 personne sur 3 déclare avoir été discriminée sur la base de son âge dans les 12 derniers mois, tous âges confondus.

Mais ce que le graphique ne dit pas, c’est que nous ne sommes pas tous « jeunes » ou « vieux » au même âge.
L’étude démontre comment l’âge interagit avec d’autres désavantages (sexisme, racisme, classisme, validisme, LGBTQIA+phobies…), modifiant profondément notre accès à l’emploi, au logement, à la santé, aux droits sociaux ou à l’espace public.
Quelques exemples mis en évidence :
- Dans l’emploi, les femmes sont plus rapidement perçues comme « moins pertinentes », surtout dans les métiers à visibilité publique.
- Pour accéder à un logement, les personnes plus âgées en situation de précarité se voient demander que leurs enfants se portent garants là où ce n’est pas toujours possible (ou souhaitable).
- Les personnes en situation de handicap ou ayant émigré en Belgique et qui ont un moindre accès au marché du travail se trouvent désavantagées pour ouvrir des droits à la pension.
- Dans l’espace public ou certains lieux d’hébergement collectif, s’écarter de la norme de genre est moins bien accepté pour les personnes plus âgées.
Comme le souligne la sociologue Juliette Rennes1, l’âge agit comme une frontière qui exclut certaines personnes du statut d’adultes légitimes, réservé aux adultes perçus comme productifs, autonomes et conformes aux normes.
Lutter contre l’âgisme = soutenir l’exercice des droits à tous les âges
Intervenant lors du panel, Estelle Huchet, cofondatrice de droits devant, a proposé trois voies complémentaires pour transformer réellement notre rapport à l’âge et mettre un terme aux discriminations âgistes.
1. Sortir de la vision médico-sociale du vieillissement
Vieillir est un signe de vie, pas une maladie. L’âge et le vieillissement doivent être pensés sous le prisme de l’égalité, de la participation citoyenne, et des droits fondamentaux. Et là où des besoins d’aide et de soins existent, parlons de droit à la santé et à une vie digne (sur ce thème, voir p. 40 du rapport d’Unia).
2. Adopter l’“age mainstreaming”2 dans les politiques publiques
Cette approche implique d’évaluer l’impact des politiques publiques que nous développons sur les différents groupes d’âge3, de la même manière qu’on évalue aujourd’hui les effets sur l’égalité de genre. En étudiant les impacts différentiés sur différents groupes de la population, l’age mainstreaming permet d’identifier les politiques publiques supposément « neutres » qui désavantagent les jeunes, ou les plus âgés.
3. Soutenir l’exercice effectif des droits au-delà de la lutte contre la discrimination
Au-delà de la lutte contre la discrimination, soutenir l’exercice des droits implique de penser les actions positives à mettre en place pour encourager le respect des droits humains à mesure que nous vieillissons. L’étude d’Unia nous indique déjà l’emploi et la digitalisation comme domaines prioritaires à considérer. Sans oublier l’enjeu du non-recours à certains droits sociaux qui sont pourtant des leviers majeurs pour garantir l’autonomie et la dignité jusqu’en fin de vie.
Un appel à transformer notre regard sur la vieillesse… et nos politiques pour lutter efficacement contre l’âgisme
L’étude d’Unia confirme ce que nous constatons :
- L’âgisme est structurel.
- Il ne se résume pas à des préjugés : il façonne l’accès aux droits tout au long de la vie.
- Et il frappe plus fort encore les personnes situées au croisement de plusieurs désavantages.
Pour s’en défaire, nous devons repenser nos politiques publiques et en dialogue avec les organisations concernées : faire de l’égalité des âges une véritable question de justice sociale.



- Rennes, J. (2020). Conceptualiser l’âgisme à partir du sexisme et du racisme Le caractère heuristique d’un cadre d’analyse commun et ses limites. Revue française de science politique. 70(6), 725-745. https://doi.org/10.3917/rfsp.706.0725 ↩︎
- L’age mainstreaming dérive du gender mainstreaming, définit comme « la (ré)organisation, l’amélioration, l’évolution et l’évaluation des processus de prise de décision, aux fins d’incorporer la perspective de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et à tous les niveaux, par les acteurs généralement impliqués dans la mise en place des politiques ». Voir IEFH, Gender Mainstreaming ↩︎
- La Commission économique pour l’Europe des Nations Unies a développé un guide en la matière. Voir UNECE, 2021, Guidelines for Mainstreaming Ageing ↩︎
