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Travail : pas d’exclusion du chômage pour les 55+ ?

La limitation des allocations de chômage dans le temps ne s’appliquera pas aux personnes âgées de plus de 55 ans, nous dit l’accord de gouvernement fédéral. Vraiment ?

D’après les mesures annoncées par le gouvernement de Bart De Wever, il faudra pouvoir justifier :

  • d’au moins 30 ans de carrière,
  • avec un minimum de 156 jours travaillés par année.

Cette condition devrait même être progressivement augmentée à 35 années de carrière en 2030. Un objectif inatteignable pour la très grande majorité des demandeurs et demandeuses d’emploi âgés.

D’après les chiffres de l’ONEm de novembre 2024, sur les quelque 41.700 personnes de 55 ans et plus au chômage de longue durée, seulement 3,54 % pourraient maintenir des droits au chômage1.

Appel à témoignages : Vous avez plus de 55 ans et vous êtes au chômage ? Votre témoignage (anonyme ou non) nous intéresse. N’hésitez pas à nous contacter.

Travailler après 55 ans : une réalité pour seulement 1 personne sur 2

Le taux d’emploi des personnes les plus âgées reste inférieur en Belgique, par rapport à la moyenne européenne. Entre 55 et 64 ans, ce sont 56.6 % des personnes qui sont en emploi contre 62.3 % pour la moyenne de l’Union européenne2.

Et cette réalité varie grandement au sein même de ce groupe d’âge.

  • Le taux d’emploi des plus de 50 ans chute à 1 sur 3 parmi les personnes sans diplôme.
  • Il monte à 3 sur 4 pour les personnes de 50 ans ou plus ayant un diplôme du supérieur3.

De même, les réalités sont très disparates entre les femmes et les hommes de ce groupe d’âge. À titre d’exemple, quand 28,4 % des personnes en emploi de 50 à 64 ans travaillent à temps partiels, ce chiffre monte jusqu’à 43,8 % pour les femmes de ce groupe d’âge4.

Des barrières persistantes pour accéder à l’emploi

Bien que la Belgique dispose de plusieurs programmes pour favoriser l’emploi des plus âgés, leur efficacité reste limitée par des freins structurels et culturels.

Une enquête a montré qu’à partir de 47 ans, une personne avait plus de chance d’être désavantagée à cause de son âge.

A compétences égales, des personnes plus âgées avaient moins de chance d’être reçues en entretien que des personnes plus jeunes5.

« Des études universitaires ont démontré, sur base de tests sur des offres d’emploi réelles, que le plus grand risque de non-réponse à une candidature était lié à l’âge. » (Patrick Charlier, co-directeur d’Unia6)

Retrouver un emploi deviendrait encore plus compliqué avec les mesures actuellement en discussion. En effet, les exclusions feraient sortir subitement les personnes chercheuses d’emploi des parcours d’accompagnement (ONEm, Actiris, VDAB, Forem).

Du chômage… de longue durée

Plus on est âgé, plus les chances de retrouver un emploi s’amenuisent. Le chômage est donc une réalité pour quantité de personnes plus âgées.

En février 2025, près d’un tiers des chômeurs complets indemnisés, demandeurs d’emploi ont 50 ans ou plus7.

Les chances de retrouver un emploi après une exclusion du chômage diminuent drastiquement avec l’âge8. 37,5 % des 50 ans et plus au chômage le sont depuis plus de 2 ans quand cela concerne 20,7 % des 25-49 ans9.

L’invalidité, l’autre versant du rapport au travail quand on est âgé

Si les taux d’emploi chez les plus âgés sont faibles, c’est aussi parce que nombre de personnes plus âgées se retrouvent en maladie de longue durée. Cela concerne 22,3 % des 50-64 ans quand toutes les autres tranches d’âge sont sous les 10 %10.

La capacité (ou non) de travailler varie elle aussi fortement en fonction des profils et parcours de vie.

Ainsi, parmi les 55-64 ans dits « inactifs », les personnes belges auront tendance à être retraitées là où les personnes d’autres origines sont le plus souvent en incapacité de travail. Pour Unia, cette différence pourrait être liée à la plus lourde carrière professionnelle que les plus âgés d’origine non-belge ont souvent derrière eux11.

Déjà en 2022, le SPF Emploi concluait qu’il n’existe pas de marché pour les personnes de 55 ans et plus qui cherchent du travail après une période de chômage ou d’inactivité12.

Les mesures d’exclusion du chômage actuellement en discussion ne feraient qu’aggraver cette tendance de fond.

  1. Ensemble, « Le cercle des chômeurs disparus », 2025 ↩︎
  2. Eurostat, Taux d’emploi par sexe, âge et nationalité, 2022 ↩︎
  3. Statbel, Enquête sur les forces de travail, LFS_T2.071Q_2023 ↩︎
  4. Statbel, Enquête sur les forces de travail, LFS_T2.034Q_2024 ↩︎
  5. Unia, « Baromètre de la diversité : emploi », 2012 ↩︎
  6. « Selon Unia, l’âge reste le principal facteur de discrimination à l’emploi », article du 13 décembre 2021 ↩︎
  7. ONEm, Statistiques interactives, 2025 ↩︎
  8. Vivalis, « Projet de limitation de la durée d’octroi des allocations de chômage à deux ans », 2025 ↩︎
  9. Statbel, Enquête sur les forces de travail, LFS_T3.002Q_2024 ↩︎
  10. Bureau fédéral du plan, Incapacité de travail de longue durée, 2022 ↩︎
  11. Unia, « Monitoring socioéconomique », 2022 ↩︎
  12. SPF Emploi, « Évaluation continue de la politique relative à la fin de carrière », 2022, p. 32 ↩︎